mercredi 31 août 2022

Grand menteur de Laurent GAUDÉ -- Trois monologues

De ces trois textes, j’ai lu le premier à voix haute. Je relirai très certainement les deux autres de la même façon, en interprétant ses poèmes qui prennent tout leur sens, toute leur beauté dès qu’ils sont lus, j’allais écrire « chantés » tant le sens réel est donné par le théâtre.

Grand menteur agonise, et il se raconte, il raconte son père absent et ivrogne, qui ment, sa mère, qui ne dit pas toujours la vérité. Il parle de ses amours, de son amour qui revient comme un leitmotive Lou revient … Il se meurt et au son de la sirène il se souvient.

La mariée Gare centrale 
Elle attend à la gare, mais elle attend quoi, elle attend qui ? Non, elle n’attend rien, elle n’attend personne, grand menteur est déjà parti, déjà dans l’oubli et Charrette veut la guider, pour où, pour quoi ? Elle va la prononcer, sa phrase, et si elle peut la prononcer, alors elle sera quelqu’un dans cette gare, où tant de gens passent.
« Où c’est donc que tu vas te fourrer pour te cacher de vivre ? »
Le mieux c’est encore cette gare, ou la mariée se cache, cache sa peine et son désespoir, où tant de gens ne font que passer, dans sa vie aussi.

Fille Fiston
Né.e d’une mère tombée en amour d’un père déjà mort, né.e dans une gare centrale, déposé.e salle des pas perdus fille, fiston qu’importe, plusieurs c’est sûr. Les mensonges du père, la longue phrase de la mère et surtout l'amour,
« Les mots que j’ai posés 
Là, 
À tes pieds,
Je les dirai pas à d’autres 
Ça peut se donner qu’une fois. »

Quatrième de couverture:

Trois textes qui évoquent l'amour sous toutes ses formes : naissant, en fuite, déclinant.
Trois monologues qui, dans une langue joyeusement chahutée, interrogent et célèbrent la jouissance procurée par les mensonges que les hommes se racontent pour se plaire, pour plaire à l'autre et pour embrasser la vie que leur imaginaire projette sur le réel. Un triptyque qui tente également de cicatriser les blessures provoquées par des générations d'amours mal dits ou non confessés.

Laurent Gaudé 2021
Photo source Compagnie Théâtre en Scène
Design graphique studio Le Poisson Soluble


Mes 17 lectures de Laurent Gaudé 

ICI

dimanche 28 août 2022

Consolée de Beata UMUBYEYI MAIRESSE

C’est toujours un plaisir de lire Beata Umubyeyi Mairesse, de faire la connaissance de ses personnages, d’essayer de comprendre leur vision de cette Europe parfois trop présente dans des contrées lointaines.
Consolée, arrachée à sa mère, placée dans une institution pour « Mulâtres » afin de déculpabiliser le royaume belge en donnant une éducation européenne aux enfants nés de pères blancs. 
Rebaptisée Astrida… Ne perd-elle pas tout cette fillette, son grand-père, ses histoires, sa langue, sa maman, et même son prénom ?
Ramata, immigrée de la première génération, qui ne fait pas de bruit, se fond dans le décor, fait des études brillantes, qui un jour, à trop vouloir être parfaite fait un burn-out et se reconvertit en art-thérapeute.
J’ai aimé que Ramata parte à la découverte de Consolée, qu’elle découvre le passé si riche de cette vieille dame à qui on a imposé une maison de retraite sans âme.
J’ai aimé que Ramata nous parle de son enfance, de son père, de sa famille et de sa vision de « Lafrance ».
Des évènements tragiques mis en évidence par la douceur de l’écriture. Une belle lecture !
J’ai aimé l’écriture si poétique de Beata Umubyeyi Mairesse.

1954. Au Rwanda sous tutelle belge, Consolée, fille d'un Blanc et d'une Rwandaise, est retirée à sa famille noire et placée dans une institution pour "enfants mulâtres".

Soixante-cinq ans plus tard, Ramata, quinquagénaire d'origine sénégalaise, effectue un stage d'art-thérapie dans un Ehpad du Sud-Ouest de la France. Elle y rencontre madame Astrida, une vieille femme métisse atteinte de la maladie d'Alzheimer qui perd l'usage du français et s'exprime dans une langue inconnue.

En tentant de reconstituer le puzzle de la vie de cette femme, Ramata va se retrouver confrontée à son propre destin familial et aux difficultés d'être noire aujourd'hui dans l'Hexagone.

Histoire d'une réparation symbolique et d'une langue retrouvée, Consolée est un roman poétique, bouleversant, qui met en résonance le passé colonial et la condition des enfants d'immigrés.

Beata Umubyeyi Mairesse.
Photo source BM Lille 2020


Mes lectures de Beata 

mercredi 24 août 2022

Le plaisir de la peur de Franck THILLIEZ

Thilliez est là, en face de moi et me raconte pourquoi et comment il est devenu écrivain. Il vit une enfance heureuse, fait des études plutôt scientifiques, lit beaucoup.
On découvre un jeune homme plutôt timide, studieux et sage, qui grâce à l’écriture va enfin ne plus faire de cauchemars !
Je l’ai trouvé sympathique.
Ce n’est pas vraiment une autobiographie.
J’ai ressenti certains manques :
    Son épouse est-elle toujours sa première lectrice ?
    Ses parents lisent-ils ses romans ?

J’ai lu 14 romans et trois nouvelles.
Lors d’une de mes chroniques j’ai écrit :
"Les Thilliez se succèdent et ont chez moi des couleurs différentes. J'avais beaucoup aimé "Vertige" j'ai été séduite par "Puzzle", mais pas aimé du tout "Pandémia".
Avec "La mémoire fantôme", j'ai retrouvé ce bonheur de lire, cette envie de continuer ma lecture, pestant contre la vie qui parfois nous oblige à poser le livre."

Quatrième de couverture :

« Écrire un livre, ce n'est pas assembler les centaines de milliers de pièces d'un Boeing 737 en suivant un protocole très précis. C'est imaginer les pièces à partir de rien, les construire de ses petites mains, les assembler sans plan et prier pour que l'avion volé. Possible qu'il décolle. Pas sûr qu'il atterrisse sans avoir perdu la moitié d'un réacteur. »

Franck Thilliez
2022
                           

Mes lectures de Thilliez

mercredi 17 août 2022

Le lièvre de Vatanen d' Arto PAASILINNA

 

C’est un couple peu banal, puisque le compagnon de route de Vatanen est un lièvre. Ensembles, ils vont traverser la Finlande.
Journaliste sans grand intérêt pour son métier, un couple sans enfants, que l’amour a déserté, Vatanen à la suite d’un accident va soigner, puis apprivoiser un lièvre. Il quitte emploi et épouse et part à l’aventure.
Le roman date de 1975, je lui ai trouvé un côté écologique qui m’a plu.
Le respect de la nature, des animaux qui ne sont tués que pour manger. Obligé aussi de se défendre contre quelques bêtes ou oiseaux particulièrement vindicatifs.
Au cours de son périple, Vatanen se transforme, intellectuellement et surtout physiquement.
J’aime les « romans route ». Ils sont l’occasion pour le héros de faire des rencontres, de partager, mais aussi parfois de mal tomber et de se faire agresser. 
En revanche, j’ai eu beaucoup de mal avec le style et l’écriture. 

Quatrième de couverture :

Vatanen est journaliste à Helsinki. Alors qu'il revient de la campagne, un dimanche soir de juin, avec un ami, ce dernier heurte un lièvre sur la route. Vatanen descend de voiture et s'enfonce dans les fourrés. Il récupère le lièvre blessé, lui fabrique une grossière attelle et s'enfonce délibérément dans la nature.
Ce roman-culte dans les pays nordiques conte les multiples et extravagantes aventures de Vatanen remontant au fil des saisons vers le cercle polaire avec son lièvre fétiche en guise de sésame. Il invente un genre : le roman d'humour écologique.
Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Titre original : Jäniksen vuosi (1975)
Photo source Pinterest
http://au-pays-des-lapins.blogspot.fr/2012/08/livre-le-lievre-de-vatanen.html
Illustration de Fabrice Backès
  

Mes lectures de Paasilinna

jeudi 11 août 2022

Célestine du Bac de Tatiana de Rosnay


J’ai aimé cette histoire d’amitié entre ce tout jeune homme, Martin Dujeu, plutôt rêveur et taciturne, et cette femme, sans âge, avec juste le joli prénom de Célestine pour patronyme.
Peu à peu Martin et Célestine se confient l’un à l’autre, par petites touches la confiance se crée. Ils échangent ce qu’ils ont de plus intimes : leurs écrits. Son roman sur Zola pour lui, son journal intime pour elle.
Est-il en recherche d’une mère, ce jeune orphelin qui ne sait pas se confier à son père ?
Est-elle en recherche d’un fils, elle qui aime Martin « comme si elle l’avait tricoté » ?

J’ai beaucoup moins aimé la seconde partie du roman. Si Martin part à la recherche de sa mère, on ne peut qu’espérer qu’il finisse par créer une relation avec son père.
L’histoire d’amour qu’il va vivre n’est pas convaincante et n’ajoute rien à l’histoire.

Pour cette première lecture de Tatiana de Rosnay, j’ai été séduite par l’écriture.

Quatrième de couverture : 

Lui, dix-huit ans, fils de bonne famille, solitaire et rêveur. Elle, sans âge, sans domicile, abîmée par la vie et l'alcool. Tout les sépare.
Pourtant, un jour, rue du Bac, à Paris, leurs chemins se croisent. Au fil d’un premier roman qu’elle termine, et d’un journal intime qu’elle tient coûte que coûte, ils s’apprivoisent. Contre toute attente, une extraordinaire amitié se noue. De celles qui changent une vie. De celles qui forgent à jamais une personnalité.
Saisir sa chance, affronter le mystère familial qui le hante, c'est ce que Célestine va transmettre à Martin.

Tatiana de Rosnay, écrivain.
Photo source "Le Parisien"
Paris (75), le 11 mars 2020. 
LP/Philippe de Poulpiquet

dimanche 7 août 2022

Les pantoufles de Luc-Michel FOUASSIER



« — C’est bien ce que tu lis Grand-Mère ?
— C’est pas mal, un homme se retrouve dans la rue en pantoufles. Il a oublié ses clés à l’intérieur de son appartement et se retrouve enfermé dehors !
Il nous raconte les différentes réactions que suscitent son « complet trois pièces charentaises »
Au travail, au tennis, dans le métro, dans la rue, j’ai beaucoup aimé les répercussions et sa façon de les analyser. Choqué ou admiratif, surpris ou blasé, le regard des gens est sans doute révélateur de notre façon d’appréhender la société.
C’est une lecture agréable et amusante. Tu pourras le lire si tu veux. »


Quatrième de couverture:

"Étonnamment, Justine ne fit aucune remarque concernant mes pantoufles. Elle se contenta de les regarder, avec, chaque fois, un air désolé. Elle estimait certainement que j’étais au fond du gouffre et devait se dire que ça allait de pair, cette paire, avec mon état mental du moment." 

Un homme sort de chez lui en pantoufles en oubliant les clés à l’intérieur de son appartement. Contraint d’affronter une journée sans chaussures, il s’engage dans cette aventure à pas feutrés. Mais face à ses collègues de travail, à sa famille et même aux forces de l’ordre, chaussé de ses confortables charentaises, il provoque de surprenantes réactions d’hostilité ou d’engouement. Et le voilà lancé dans un combat contre la tyrannie du conformisme. Dans un monde trop pressé, il impose doucement sa si tranquille façon de marcher.

Luc-Michel Fouassier
16 octobre 2020
Photo source "Les chroniques de Mandor"



jeudi 4 août 2022

Respirer le noir d' Yvan FAUTH

Après « Écouter », « Regarder », et « Toucher » le noir, j’attendais avec impatience ce quatrième recueil « Respirer le noir».
Yvan Fauth a réuni la fine fleur des auteurs de romans « noir » afin qu’ils nous parlent de l’odorat !

Le parfum du laurier-rose de R. J. Ellory (traduction Fabrice Pointeau)
C’est une nouvelle triste. Parfois la justice ne prend pas les bonnes décisions, en tout cas celles qu’on attend. Andersen va alors agir et rendre sa justice.
Une nouvelle qui colle parfaitement à l’auteur !
Mes lectures d’R.J. Ellory 

Respirer la mort de Sophie Loubière
C’est Florian qui nous raconte Willy, son petit frère qui va développer un odorat hors norme et devenir « haleinologue ».
Son odorat lui permet de déceler les maladies des gens. Pas facile à vivre. Originale et sympathique.

Je suis un poisson de Franck Bouysse
Atteint du "Syndrome de l’odeur du poisson", maladie rare, dite orpheline notre jeune homme va devenir écrivain, et malgré son handicap, arriver à être autonome… Jusqu’au jour où l’amour passe…Une chute d’actualité !
Mes lectures de Franck Bouysse

Crystal qui sent de Mo Malm
Voilà la triste histoire d’une expédition de géographes.
J’ai adoré la conclusion !

Deux heures et trente minutes de Dominique Maisons
C’est le temps qu’il faut pour essayer d’interrompre la chaine qui doit mener au monarque de la république !

Happy world de François-Xavier Dillard
Un parc d’attraction, une famille plutôt sympathique, le décor est planté pour un scénario apocalyptique. Excellent ! L’auteur ne laisse rien au hasard, et la tension monte.
Ma lecture de François-Xavier Dillard

Glandy d’Adeline Dieudonné
Glandy un anti-héros au nom bien choisi pour quelqu’un qui ne fait rien d’autre que de voler, boire et fantasmer un monde meilleur sans rien faire d’autre que de « glander »

Le monde d’après d’Hervé Commère
Si cette nouvelle commence par un jeu d’enfants, 
elle se termine avec une violence inouïe et inattendue.

Miracle de Vincent Hauuy
J’ai souvent un peu de recul avec les romans d’anticipation. Pourtant j’ai bien aimé cette nouvelle qui va chercher au plus profond de notre cerveau les odeurs afin de résoudre une enquête.

Les doux parfums du cimetière de Jérôme Loubry
C’est certainement la nouvelle que j’ai préférée dans ce recueil. Un petit garçon vient tous les jours au cimetière, et raconte à sa maman décédée les odeurs qui l’entourent. Un joli moment de poésie et de tendresse.

L’amour après la mort de Chrystel Duchamp
C’est la triste histoire, en trois temps, d’une rupture amoureuse.
L’enfer c’est l’odeur !!!

Petit nouveau de Barbara Abel et Karine Giebel
En ces temps où les opposants au pouvoir d’une dictature sont régulièrement victimes d’empoisonnements, cette petite nouvelle fait froid dans le dos. Un joli flacon qui passe de mains en mains… un joli flacon, inspiré d’une histoire vraie.
Mes lectures de Karine Giebel

Quatrième de couverture :

L’ANGOISSE 
À PLEINS POUMONS…

Barbara Abel, Franck Bouysse, Hervé Commère, Adeline Dieudonné, François-Xavier Dillard, Chrystel Duchamp, R. J. Ellory, Karine Giebel, Vincent Hauuy, Sophie Loubière, Jérôme Loubry, Dominique Maisons et Mo Malø. Ces auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour de l’odorat.

Douze nouvelles originales, singulières et surprenantes, pour autant de voyages olfactifs à la découverte de mondes connus ou futuristes, de personnages terrifiants ou terriblement humains ; douze expériences sensorielles qui vous marqueront durablement de leur effluve.

Retenez votre souffle et laissez vos sens vous guider dans le noir.

Yvan Fauth. 
Photo archives DNA /Killian MOREAU