lundi 23 mai 2022

Le siffleur de nuit de Greg WOODLAND

Un policier qui après une excellente carrière d’enquêteur se retrouve dans la gestion des PV d' une ville de province et un gamin de 12 ans tous les deux nouveaux à Moorabool, bourgade d’Australie. 
Ils ont en commun l’amour des animaux et sont choqués de certains actes barbares pratiqués sur différentes espèces domestiques. Et en fond, une caravane et un vieux crime qui passionnent l'enfant.

La candeur de Hal, sa sensibilité, sa logique aussi. Une mère harcelée, un père absent, une amie aborigène, un petit frère pénible, un ami de famille très présent.
Le métier de Mick Goodenough, ses déductions, son respect des humains et des animaux. Un chef de police méprisant et négligeant, des collègues pour la plupart inefficaces et paresseux.

Un duo improbable que j’ai aimé.
Une lecture agréable !

Quatrième de couverture :

Ex-super flic de Sydney, Mick Goodenough se retrouve désormais à dresser des P.-V. dans la morne bourgade de Moorabool, en plein bush australien. Mais un jour, l'inspecteur déchu voit ses sens alertés par une série de faits étranges : des animaux qui disparaissent et qu'on retrouve mutilés sauvagement. Des bêtes toujours plus grosses, des sévices toujours plus sophistiqués.

Fraîchement arrivé à Moorabool également, Hal, douze ans, s'inquiète des coups de fil mystérieux que sa mère reçoit le soir. Une voix qui siffle les premières notes d'un tube d'Elvis, avant de raccrocher.

Si la police locale tourne ces appels nocturnes en dérision, Goodenough, lui, prend l'affaire très au sérieux. Avec le jeune Hal, il va se lancer sur les traces d'un danger qui les dépasse et rouvrir les plaies d'un drame non élucidé vieux de vingt ans.
Traduit le l'anglais (Australie) par Anne-Laure Tissut.

Greg Woodland
2022

mercredi 18 mai 2022

Abandonner un chat (Souvenirs de mon père) de Haruki MURAKAMI


Je connaissais l’écriture et le talent de Murakami. Les mondes qu’il crée autour de personnages atypiques, comme "L’incolore Tsukuru Tazaki",« La fin des temps » et autres « 1Q84 ».

Avec ce petit recueil, superbement illustré, il va essayer de raconter son père. Ce petit chat qu’on abandonne et le bonheur éprouvé par son père lorsqu’il retrouve le chat chez lui semble être le plus beau souvenir que Murakami garde de son père.

Ces deux hommes sont passés l’un à coté de l’autre, sans jamais vraiment communiquer. Est-ce le père qui a ignoré le fils, ou le fils qui n’a jamais compris le père ?

Ce n’est pas vraiment une biographie, mais seulement des mémoires, des souvenirs que Haruki Murakami garde de Chiaki Murakami. Il a rencontré des gens ayant connu son père, pour essayer de le comprendre davantage.

Les illustrations d’Emiliano Ponzi collent parfaitement au récit. 

Quatrième de couverture:

Je suis le fils ordinaire d'un homme ordinaire. Ceci est parfaitement évident. Mais au fur et à mesure que j'ai approfondi cette réalité, j'ai été convaincu que nous sommes tous le fruit du hasard, et que ce qui a eu lieu dans ma vie, dans celle de mon père, tout a été accidentel. Et pourtant, nous les humains, ne vivons-nous pas en considérant comme la seule réalité possible ce qui n'est après tout qu'un simple fait dû au hasard ?
Traduit du japonais par Hélène Morita.
Haruki Murakami
Photo source 
"La littérature actuelle"


Mes lectures de Murakami

ICI

dimanche 15 mai 2022

Marguerite de Jacky DURAND

 

Le roman commence par une scène d’une violence sordide. La libération est là, la vindicte populaire aussi, certains se croient juges et mettent au pilori des plus faibles, des plus humbles sans plus de procès… Il faut punir, pas comprendre, juste punir, humilier.
Alors, Marguerite, pendant qu’on lui rase la tête se souvient…
On croise avec elle des personnages atypiques et en restant chez elle nous voyageons dans sa vie. Elle rencontre d’odieux hommes restés au pays et profitant de la situation pour asservir, humilier. Elle se lie d'amitié avec André, cet enfant gitan, Raymonde, déjà émancipée et engagée dans la résistance, et Franz, ce soldat allemand, déposé là, un peu par hasard.
Elle parait un peu hors du chaos, hors du monde tant elle s’occupe de sa maison, de son jardin. Elle semble prise d’une frénésie pour oublier sa solitude, et Pierre, ce mari qui lui manque tant.
C’est une jeune femme, tout juste mariée et déjà sinon veuve, sans son mari pris par la guerre.
C’est un roman aussi doux que l’entrée en matière est violente. C’est un roman d’amour. C’est un roman réflexion. C’est un roman tendresse.

Quatrième de couverture :

Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.

Jacky Durand
Photo source l'OBS
8 avril 2019

samedi 14 mai 2022

Requiem des ombres de David RUIZ MARTIN

Lorsqu’après une longue absence, Donovan Lorrence revient à Neuchâtel, c’est pour l’enterrement de son père. Il est désormais un écrivain à succès, un quinquagénaire qui semble ne pas pouvoir oublier sa triste enfance. Il se souvient alors de la brume épaisse qui a envahi la ville. Il n’a pas oublié la disparition de son petit frère, il voudrait bien avoir des certitudes… son petit frère s’est peut-être enfui pour éviter les coups d’un père et la soumission d’une mère. En tout cas, au cimetière, le cercueil est vide. Il semble ne pas être le bienvenu dans la ville de son enfance.
La jolie Iris, aux dons étranges va accompagner notre héros sur ce long chemin vers la vérité.
David Ruiz Martin nous entraine dans une quête passionnante. Les gens, personnages de son enfance semblent s’évaporer à son contact, le fuir et même avoir parfois peur. L’atmosphère de roman est inquiétante. On suit l’auteur à travers les dédales de la ville et de son imagination. Tout à l’air tellement vrai… que j’ai été vérifier si la fameuse brume de Neuchâtel avait existé en 1973.
C’est un ouvrage sur le deuil, la difficulté d’accepter la mort sans le corps, le manque d’un frère, la culpabilité d’avoir survécu.


Merci aux éditions Taurnada et à Joël Maïssa pour ce partenariat.

Présentation de l'éditeur:

Hanté depuis l'enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme.
Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs.
Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes…
… au risque de vous entraîner dans l'abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres.
Où le destin semble se jouer de vous.
Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l'encontre de ce qui est déjà écrit ?

dimanche 8 mai 2022

Antoine de Christian BLANCHARD

 

Christian Blanchard a choisi de faire alterner les écrits d’ Antoine Lesbourg, rédigés au crayon sur des carnets, où son émotion est intense mais ne représente que sa vision, et le récit de la vie d’Antoine et de son triste karma .
Né d’une mère aimante mais soumise et d’un père alcoolique et brutal, il va commettre l’irréparable, se jetant sur son père pour tenter de sauver sa mère.
Mais trop tard, c’est un orphelin qu’on va juger, donner en pâture dans différents centres éducatifs. Pas un seul adulte pour le protéger d’une jungle où la raison du plus fort est toujours la meilleure.
Et si à un moment de sa vie il semble enfin trouver un équilibre, c’est sans doute pour que la chute soit plus grande.
J’aime beaucoup l’écriture de Christian Blanchard. Il décrit le pire, et si Antoine est attachant, c’est que le ton est juste. Comme pour une partition de musique, on va crescendo dans le récit. 
Une belle lecture! 

"Seul l’enfant était vivant. Il était incapable de parler. Adossé contre un mur, les mains sur les oreilles, il se balançait d’avant en arrière en se tapant le crâne sur la paroi."

Antoine a douze ans lorsqu’il commet le geste fatal. Un acte irréfléchi, comme une réponse impulsive à une terreur inouïe. La lame d’un couteau qui s’enfonce dans le corps furieux de son père pour tenter de protéger sa mère, en vain. La première marche d’une échelle infernale.

Maison d’arrêt, centre fermé pour mineurs, Antoine se retrouve ballotté au sein d’un système judiciaire qui ne fait pas le tri entre victimes et bourreaux. Antoine encaisse, se raccroche au tendre souvenir maternel. À une lumière qui lui échappe peu à peu.

Combien de temps pourra-t-il tenir à distance la bête qui gronde en lui ? Saura-t-il saisir les mains tendues de celles et ceux qui veulent le protéger ? Qu’a-t-il à sauver, lui qui a déjà tout perdu ?

Christian Blanchard
Photo source "Le Télégramme"
20 mai 2019

Mes lectures de Christian Blanchard
 

samedi 23 avril 2022

Les évasions particulières de Véronique OLMI

Avec ce roman, je pensais retrouver une part de cette adolescence passée en province. J’ai été déçue, c’est vrai.
1968 est passé par là, et les mœurs se sont libérées.
Sabine devenue majeure plus tôt que prévu (le 5 juillet 1974 la majorité civile est fixée à 18 ans) découvre Paris, les difficultés pour essayer de réaliser ses rêves d’artiste. Pas si simple, elle ne manque pourtant ni de charme, ni d’énergie.
J’ai aimé le combat d’Hélène et son engagement, mais il est vrai que j’ai une grande tendresse pour René Dumont (1904/2001), et son combat.
Mariette reste une énigme. Sans doute la plus mystique des trois. Elle découvre, grâce à un mentor très mature la musique, les auteurs compositeurs, plus particulièrement Léo Ferré. 
Et par-dessus, un couple que j’ai trouvé fade, des parents qui ne savent exprimer ni leur amour ni leur autorité. 

Quatrième de couverture :

Elles sont trois sœurs, nées dans une famille catholique modeste à Aix-en-Provence. Sabine, l’aînée, rêve d’une vie d’artiste à Paris ; Hélène, la cadette, grandit entre son oncle et sa tante, des bourgeois de Neuilly-sur-Seine, et ses parents, des gens simples ; Mariette, la benjamine, apprend les secrets et les silences d’un monde éblouissant et cruel.
En 1970, dans cette société française qui change, où les femmes s’émancipent tandis que les hommes perdent leurs repères, chacune à sa façon, trouver comment vivre une vie à soi, une vie forte, loin de la morale, de l’éducation ou de la religion de l’enfance.
Cette saga familiale, qui nous entraîne de l’après Mai 68 à la grande nuit du 10 Mai 1981, est tout autant une déambulation tendre et tragique dans ce siècle que la chronique d’une époque où les consciences s’éveillent au bouleversement du monde et annoncent le chaos à venir.

René Dumont et son verre d'eau 
1974 
Photo source
archives INA arte TV

19 avril 1974
Candidat à l'élection présidentielle de 1974, René DUMONT, écologiste, tente de sensibiliser les téléspectateurs au gaspillage "Nous allons bientôt manquer de l'eau et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse puisqu’avant la fin du siècle si nous continuons un tel débordement elle manquera...". Il termine en buvant son verre d'eau.
Le résultat du scrutin sur la France est faible (1,32 % des votes), mais il s'agit alors surtout d'utiliser les médias et particulièrement la télévision pour faire connaître la pensée écologiste en politique.

dimanche 17 avril 2022

Des torrents de sang et d'argent de Philippe CUISSET


Philippe Cuisset nous raconte la tragédie vécue par les peuples Herero et Nama, chassés de leurs terres par les allemands, devenues colonie allemande l’Afrique du Sud-ouest et gouvernée par le général Von Trotha. Réputé pour sa cruauté il va organiser les premiers camps de concentrations. Ils se transformeront en camps de travail, la main d’œuvre est sous-alimentée, maltraitée, beaucoup meurent de malnutrition.
Afin de réaliser des caractéristiques ethniques et étayer ses thèses raciales, des crânes sont prélevés, bouillis et « nettoyés » par les prisonniers, puis envoyés à Eugen Fischer (Théorie de l'hygiène raciale).
« Verser des torrents de sang et d’argent », c’est ce que n’hésite pas à dire, et à faire Lothar von Trotha.

Esther, elle est d’origine Nama. Des massacres des Herero, elle ne connait que le récit Jan Kariko. Elle représente le vécu de son peuple. Elle n’est pas victime, elle est témoin. Son regard jamais ne faiblit. Esclave, écorcheuse de crâne, prisonnière du Rail, elle s’évade.
Esther c’est le fil rouge que suit Philippe Cuisset pour nous montrer, à travers le regard de cette femme l’horreur de ce génocide. Les morts, les souffrances c’est Esther.

La liste des génocides est longue et j’ai l’impression que malgré toutes nos bonnes volontés, ces horreurs se poursuivent, hélas!

Redécouverte dans les années 1990, cette guerre coloniale menée par Trotha fut qualifiée rétroactivement de premier génocide du xxe siècle. Son plan d'extermination des Hereros a été comparé par certains historiens au plan d'extermination des Juifs mené par les Nazis. (source wikipédia)

Le 16 août 2004, le gouvernement allemand a présenté ses excuses officielles, historiques et morales pour ces atrocités, qualifiées dans un communiqué signé par la ministre allemande déléguée à la Coopération de « génocide »


Photo 2ème de couverture : 
Survivants après leur fuite dans le désert d'Omaheke, 
dans le Sud-Ouest africain allemand (Namibie actuelle)

Quatrième de couverture:

Entre 1904 et 1908, dépossédés de leurs terres, les peuples herero et nama se révoltent contre la colonisation allemande. Le général von Trotha mate l’insurrection et signe le premier ordre écrit d’extermination totale. Les deux peuples sont décimés. L’opinion internationale s’émeut, le génocide est différé. 

Insidieusement le crime se poursuit : le camp de Shark Island constitue une ébauche de purification ethnique. Épuisement et sous-alimentation tuent encore, les crânes des prisonniers sont livrés aux médecins racialistes pour cautionner cette suppression radicale. Après la découverte du premier diamant namibien, l’Empire décide de construire un chemin de fer sur lequel les rescapés meurent en nombre le long des voies. 

Esther endurera la déportation sur la sinistre Île aux requins, elle sera ensuite l’une des esclaves du rail : une vie comme une traversée du désert à l’image de ces peuples broyés par la machine coloniale.

Philippe Cuisset
Photo source Babelio
Février 2022

L'interview de Philippe Cuisset radio primitive 

Je remercie "Partage lecture" et Les éditions Kyklos pour ce partenariat.

Mes lectures de Philippe Cuisset