jeudi 28 octobre 2021

Les choses humaines de Karine TUIL

 


Ce roman a eu un grand succès. Je l’ai lu rapidement. Il parle d’un monde que je n’apprécie pas particulièrement. D’un monde que je connais peu. D’un monde très (trop) médiatisé. Un monde de l’image, du paraitre. Le milieu est aisé, pour des parents qui ont chacun une carrière à privilégier, Alexandre n’est pas une priorité. 
Lorsque le viol est commis, la famille se réunit pour sauver l’image !
Aucun protagoniste de cette sordide histoire n’est sympathique. Mila Wizman qui ne cesse de pleurer m’a agacée. Pourtant, il faut beaucoup de courage pour déposer une plainte pour viol, il faut accepter de parler de soi, il faut de l’aide, et là, sa mère n’est plus à ses côtés. J’ai été choquée quand pour se défendre elle passe par les réseaux sociaux, alors qu’au tribunal elle est insignifiante. Elle ne dit pas oui, mais elle ne dit pas non. Elle dit avoir peur d’un couteau qu’elle n’a pas vu. Elle est passive. Elle a certes un passé de victime. Elle a reçu une éducation religieuse rigide. Rien n’est moral dans cette histoire.
J’ai regretté que, si Karine Tuil nous raconte ce que devient Alexandre, elle ne dise rien du devenir de Mila Wizman.

Quatrième de couverture :

    Les Farel forment un couple de pouvoir. Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir. Mais une accusation de viol va faire vaciller cette parfaite construction sociale. 

    Le sexe et la tentation du saccage, le sexe et son impulsion sauvage sont au cœur de ce roman puissant dans lequel Karine Tuil interroge le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et nous confronte à nos propres peurs. Car qui est à l'abri de se retrouver un jour pris dans cet engrenage ?
Karine Tuil
5 septembre 2019
photo source : France Info Cultutre


Je remercie Madeleine Tiollais pour le prêt de ce roman
Mes lectures de Madeleine Tiollais

lundi 25 octobre 2021

Il était deux fois de Franck THILLIEZ


Comment parler de ma relation avec Thilliez ? Il me surprend et m’étonne, je suis séduite et je le rejette. C’est une relation complexe. Je décide de ne plus le lire, horrifiée par le mal qu’il fait à ses héros. Mais ma fille revient à la charge, "Ce n’est pas Thilliez que tu n’aimes pas, c’est SharKo !"  
Alors je suis de nouveau en apnée avec « Il était deux fois ».
Gabriel, ce héros qui avec la disparition de sa fille a tout perdu, ses amis, son travail, sa femme. Ce héros qui bascule entre deux mondes, que navigue entre 2008 et 2020.

C’est avec « Vertige » que Thilliez m’a séduite, avec « Il était deux fois » je le retrouve avec tout son talent. C’est ma seizième rencontre avec cet auteur, ce qui prouve que je ne le boude pas tant que ça.
Une belle lecture prenante, additive !

Quatrième de couverture:

En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato. Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu'effrénée. 
Jusqu'à ce jour où ses pas le mènent à l'hôtel de la Falaise… 
Là, le propriétaire lui donne accès son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage. Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s'endormir avant d'être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… 
Dehors, il pleut des oiseaux morts. Et cette scène a d'autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7. Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu'on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu...

Franck Thilliez
2020
Photo source Babelio


Mes lectures de Thilliez

dimanche 17 octobre 2021

Enfant de salaud de Sorj CHALANDON


    Dans ce roman autobiographique se mêlent la « petite » et la « grande » histoire. L’histoire du père de Sorj Chalandon, cet homme décrit comme un salaud par son grand-père et le procès de Klaus Barbie.
Tous deux assistent au procès, Sorj comme journaliste, son père comme spectateur. Pas peu fier d’avoir peut-être croisé Barbie à Lyon pendant l’occupation.
    Pour sans doute bien s’imprégner de l’histoire de Barbie à Lyon avant de faire le compte rendu du procès au journal qui l’envoie, l’auteur va visiter la colonie de vacances d’Izieu où 44 enfants et 7 adultes ont été raflés le 6 avril 1944. 
    C’est un moment d’émotion intense, pour l’auteur, mais aussi pour la lectrice que je suis.
    Comme il est fantasque ce père qui raconte des histoires. Il doit déclencher de l’admiration dans les yeux de son petit garçon, il le fait rêver, ce héros qui imite les vedettes de cinéma.
Mais les petits garçons grandissent, et l’adulte aimerait bien connaitre la véritable histoire, savoir pourquoi son grand-père lui a dit un jour avoir vu son fils en soldat allemand, pourquoi il pourrait bien être un « Enfant de salaud ».
    Je n’ai pas dévoré ce roman, j’ai dégusté ce témoignage, me replongeant dans le procès Barbie, frissonnant parfois par les témoignages et regrettant souvent la légèreté de ce père, qui n’est en fait qu’un enfant.
Une excellente lecture !

Quatrième de couverture :

    Un jour, grand-père m'a dit que j'étais un enfant de salaud.
    Oui, je suis un enfant de salaud. Mais pas à cause de tes guerres en désordre papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil, de cette folie qui t'a accompagné partout. Ce n’est pas ça, un salaud. Ni à cause des rôles que tu as endossés : SS de pacotille, patriote d'occasion, résistant de composition, qui a sauvé des Français pour recueillir leurs applaudissements. La saloperie n'a aucun rapport avec la lâcheté ou la bravoure.
    Non. Le salaud, c’est l'homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue. Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s'est fourvoyé dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous : les nazis qui l'ont interrogé, les partisans qui l'ont soupçonné, les Américains, les policiers français, les juges professionnels, les jurés populaires. Qui les a étourdis de mots, de dates, de faits, en brouillant chaque piste. Qui a passé sa guerre puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes.
    Le salaud, c’est le père qui m'a trahi.


dimanche 10 octobre 2021

Chambres noires de Karine GIEBEL

 

J’ai trouvé l’idée belle. Un titre de film célèbre, une nouvelle !
Une lecture très agréable, et une surprenante Giebel!

Le vieux fusil (Robert Enrico 1975)
Un joli souvenir de cinéma! 
Ce vieux fusil, héros du film revient avec la même résolution, le même amour mais sans doute avec plus de violence, plus de haine. Une vengeance bien organisée, ne laissant rien au hasard. Un régal de noirceur !

L’armée des ombres (Jean-Pierre Melville 1969)
Si je me souviens peu de ce film, la nouvelle de Giebel m’a enchantée. 
Une véritable armée des ombres : toutes ces femmes qui partent aux aurores, triment dans nos bureaux, nos entrepôts et nos grandes surfaces, mal payées, pas considérées et exploitées. Giebel m’a enchantée, une chute surprenante pour Giebel !

Un monde parfait (Eastwood 1993)
Un bon souvenir que ce film ! Kevin Kosner et l’enfant T.J. Lowther .
Les aléas des locations de vacances qui ne correspondent pas toujours aux descriptions alléchantes des propriétaires. Cette fois Giebel immisce un doute !

Au revoir les enfants (Louis Malle 1987) Un sujet difficile.
Quel bel hommage que Giebel rend à ces oubliés de la première vague. Ces hommes et ces femmes qu’on a privé de visites, qu’on a enfermé, oublié.
Pas de masques ! Pas de visites !
Pas de vaccins ! Pas de câlins !
Pas de familles ! Pas d’obsèques !
Pas de réanimateurs ! Pas de personnels !
Cherchez l’erreur !
Au revoir à tous les enfants qu’Yvonne, jeune résistante anonyme puis rescapée des camps a sauvés.

Quatrième de couverture : 

Il y a des soupirs, des souvenirs et des sourires.
Il y a ces jours sans fin et ces nuits sans chaleur. Cette sensation d’être sale, d’être rien, moins que rien.
Ces dangers qu’on n’a pas vus venir, ces risques qu’on n’a pas osé prendre. Ces tentations auxquelles on n’a pas eu la force de résister.
Il y a ces mauvais héritages, ces mauvais choix, mauvaises pentes, mauvais départs.
Il y a ce manque de chance.
Il y a cette colère, ce dégoût.
Il y a…
Des fois où on préférerait être mort.


Voilà ce qu’on découvre dans les Chambres noires de Karine Giebel, recueil de quatre nouvelles inédites dont les héros, ou anti-héros, incarnent et dénoncent tour à tour les manquements de notre société. Quatre histoires pour lesquelles l’auteure emprunte les titres de grands films qui l’ont marquée.
Après D’ombre et de silence, elle nous offre un nouveau recueil tout en noir, humain, engagé, bouleversant, qui agit comme un révélateur, nous faisant ouvrir les yeux sur le monde en dépit de son opacité et de sa noirceur.
À la fin de l’ouvrage, en bonus, trois nouvelles déjà parues dans Treize à table ! (Pocket) au profit des Restos du Cœur ainsi que Sentence, nouvelle écrite en plein confinement et publiée dans Des mots par la fenêtre (12-21) au profit de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.

Karine Giebel
Juin 2019
Photo source Auteurs francophones 


Mes lectures de Giebel

mercredi 6 octobre 2021

Les eaux noires d' Estelle THARREAU

 


Quand un enfant perd ses parents, père, mère, ou les deux il devient orphelin. Il n’y a aucun mot qui définit une mère qui perd son enfant, en tout cas, je n’en connais aucun. 
Lorsque dans le deuxième page du premier chapitre l’auteur écrit "Suzy qui n’avait que 17 ans et qui allait bientôt mourir"  un frisson traverse le corps. La peur de toute mère, perdre un enfant.
On sait déjà que Josépha, cette maman « orpheline » va vivre l’enfer.

Elle n’est pas simplement morte, Suzy, d’un accident ou d’une maladie, non, elle est morte assassinée… et ce corps que la mer a rejeté demande aussi justice. Josépha veut connaitre la vérité, elle veut comprendre.
Elle devient vite la personne à éviter, le malheur pourtant n’est pas contagieux, mais comme dit le poète
"Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté" (G.B.). Elle est seule, tellement seule que lorsqu’arrive l’antipathique Thomas Casano, elle espère qu’enfin elle va connaitre la vérité.

J’ai été happée par cette lecture, surprise de tant de rejets, de tant de haine. Le malheur fait peur, alors souvent on préfère tourner la tête. Les rumeurs, les haines, les mépris, Estelle Tharreau utilise tout ce que la société a de fourbe, de mesquin. Même les bonnes intentions sont suspectes.
Une fois plongé dans cette lecture, vous êtes envouté, un besoin impérieux de connaitre la suite, d’aller plus loin avec Josépha.

Un régal de lecture. Un roman tourne-page. 

Présentation de l'éditeur :

Lorsque les eaux noires recrachent le corps de la fille de Joséfa, personne ne peut imaginer la descente aux enfers qui attend les habitants de la Baie des Naufragés.
L'assassin restant introuvable, à l'abri des petits secrets et des grands vices, une mécanique de malheur va alors tout balayer sur son passage…
Les révélations d'un corbeau, la détresse d'une mère et le cynisme d'un flic alimenteront l'engrenage de la rumeur, de la suspicion et de la haine.
Joséfa réussira-t-elle à survivre à la vérité ?

Je remercie les éditions Taurnada et à Joël Maïssa pour ce partenariat.



Estelle Tharreau
Photo source
Taurnada Editions
18 septembre 2021


Mes lectures d' Estelle Tharreau

mardi 5 octobre 2021

Du bruit dans la nuit de Linwood BARCLAY

 

Vous aidez un ami qui semble perdu, dont le feu arrière de la voiture est cassé, vous vous arrêtez pour l’aider, parce qu’il fait nuit, qu’il est vieux, en tout cas plus que vous, et pour vous remercier, vous recevez un coup de pelle dans la tête !
C’est la triste histoire que vit Paul.
Il lui faudra alors affronter ses propres démons, parce que le coup a peut-être entamé ses facultés mentales. Il est pourtant aimé et aidé par Charlotte, son épouse.

J’ai été très surprise par cette lecture, pleine de rebondissements. L’auteur nous promène au grès de ses humeurs. On finit par se poser beaucoup de questions, par imaginer plusieurs scénarios.
Une machine à écrire envoutée rythme le roman de ses « Tac-tac. Tac. Tac-tac-tac ».

Je crois quand même que je suis passée à côté de ce roman. Ce n’était sans doute pas le bon moment pour le lire, mais en écrivant mon avis, je m’aperçois qu’il a des qualités d’écriture, de suspense et de péripéties assez originaux.

Quatrième de couverture :

Un thriller psychologique empreint de folie et d'humour noir, riche de twists à la Gillian Flynn et d'un suspense si intense que vous n'oserez plus fermer l'œil de la nuit.

Paul Davis n'est que l'ombre de lui-même : huit mois plus tôt, ce professeur de littérature à l'existence sans relief a vu un assassin transporter des cadavres de femmes dans le coffre de sa voiture.
Depuis, Paul subit les assauts d'un violent syndrome de stress post-traumatique. Comment se libérer de cette nuit d'horreur ? Pour l'aider, son épouse l'encourage à coucher sur le papier les pensées qui le rongent et lui offre, pour ce faire, une vieille machine à écrire.
Mais bientôt, aux images cauchemardesques de ses nuits viennent s'ajouter des bruits étranges, le tac tac tac frénétique des touches d'un clavier. Et plus inquiétants encore sont les messages cryptiques, tapés par la machine, que Paul découvre au petit matin.

Somnambulisme ? Machination ? Démence ? À moins que les victimes du tueur ne s'adressent à lui pour réclamer vengeance ? Avec le soutien d'Anna White, sa charmante psychiatre, Paul s'enfonce dans les méandres d'une enquête aux soubresauts meurtriers…
Traduit de l'anglais (Canada) par Renaud Morin.

Linwood Barclay
23 août 2013
Photo source : Anthony Jenkins/The Globe And Mail


Mes lectures de Linwood Barclay

vendredi 1 octobre 2021

La huitième vie de Nino HARATISCHWILI

 

C’est un magnifique, un superbe, un merveilleux roman ! J’ai été envoutée par cette saga. À chaque minute de temps libre, j’ai lu. Revenant sans cesse à cette histoire familiale que Niza raconte à Brilka.

Brilka, en réalité c’est Anastasia, comme son ancêtre, Stasia.
Comme je l’ai aimée, cette fantasque jeune fille née en 1900, qui chevauche comme un homme, qui danse et rêve d’une carrière de danseuse. Comme j’ai aimé son énergie et son amour pour Simon Iachi. Je l’ai moins aimée comme mère, puis de nouveau appréciée comme aïeule. Nous passerons avec elle un siècle.
J’ai aussi beaucoup aimé Christine, toujours présente et aimante pour ses neveu et nièce, puis leurs enfants.
Leur héritage, la fabuleuse recette du chocolat chaud, dont on doit user avec prudence !

J’ai détesté Kostia, sa superbe, son machisme, ses certitudes.
J’ai adoré Kitty, ma préférée. Son courage, son abnégation, sa force, sa douceur et ses amours.

Je suis restée perplexe sur Elene, lui reconnaissant un certain courage dans cette volonté de s’émanciper d’un père trop protecteur, trop envahissant.

Je n’ai pas aimé Daria, même si je reconnais que son parcours est atypique. Et bien sûr comment ne pas être subjugué par Niza, sa recherche de reconnaissance, d’amour. Notre si douée Niza le point d’union entre Stasia, cette arrière-grand-mère qui lui racontait l’ histoire de leur famille et Brilka, le futur.

Autour de ces personnages, héros chacun à leur tour, des personnages secondaires, attachants ou irritants, insipides ou passionnants. 

Mille deux cents pages c’est vrai, mais 1200 pages de bonheur !

Quatrième de couverture : 

"Tu veux être libre ? Alors sois libre. Tu veux danser ? Alors danse ! Tu veux être une épouse, alors sois-le. Ce n'est pas une honte. Mais tout ça n'est pas possible à la fois. Tout avoir, c'est comme ne rien avoir."

Géorgie 1917. Fille d'un chocolatier de génie, Stasia rêve de devenir danseuse étoile à Paris. Son père aurait voulu qu'elle épouse un brillant officier, Simon Iachi. Alors que Stasia est sur le point de renoncer à ses aspirations, la révolution bolchevique se propage… 
Allemagne, 2006. Brilka, l'arrière-petite-fille de Stasia, a fugué. Partant à sa recherche, sa tante entreprend d'écrire l'incroyable histoire de leur famille. En révélant les destins tragiques des Iachi, elle libérera peut-être la jeune Brilka de la malédiction qui semble peser sur eux depuis plus d'un siècle…
Traduit de l'allemand par Barbara Fontaine et Monique Rival.

Nino Haratischwili
2020-07-07 
Photo source Babelio